Promis à une fin certaine par le règlement européen sur les emballages, le Zamak revient dans les comités matériaux du luxe. Entre 2024 et 2026, affineurs, fondeurs, centre technique et éco-organisme ont remplacé une donnée erronée par des ACV vérifiées, une cartographie de la filière et des visites d’usine. Retour sur les étapes d’un travail collectif.

Le Zamak habille les capots de parfum, les coiffes de spiritueux et les bouchons de cosmétiques depuis des décennies. Pourtant, au moment où le règlement européen PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation) est entré en application, le 12 août 2026, l’alliage de zinc était sur la sellette. Trop lourd, disait-on. Recyclable en théorie, mais pas recyclé en pratique. Plusieurs grands donneurs d’ordre l’avaient déjà retiré de leurs listes de matériaux autorisés. Deux ans plus tard, ces mêmes maisons réexaminent leurs données pour le réintroduire. Voici comment la filière a inversé la tendance.

Un malentendu inscrit dans les bases de données

À l’origine du problème, un chiffre. Les bases de données carbone pour les analyses de cycle de vie (ACV) affichaient jusqu’en 2025 le même impact carbone pour le Zamak vierge et pour le Zamak recyclé : 3 610 kg de CO2 par tonne en 2012, une valeur reprise par l’ADEME faute de données qualifiées. Une donnée issue de la littérature et en aucun cas venant du terrain. Pour un responsable écoconception, la conclusion s’imposait d’elle-même : si le recyclé pèse autant que le vierge, c’est qu’il n’existe pas de filière de recyclage fonctionnelle. Le Zamak se retrouvait ainsi pénalisé dans tous les outils de calcul, sans qu’aucune mesure de terrain ne vienne corriger le biais. Face à lui, l’aluminium disposait de données à jour et d’un lobbying structuré créant un effet de comparaison biaisé.

Première étape : Genlis Metal ouvre la voie

Le premier à mettre des chiffres audités sur la table est un affineur français. Genlis Metal a réalisé une analyse de cycle de vie complète de ses alliages ZL2, ZL3 et ZL5, dans le cadre d’une déclaration environnementale de produit (EPD) conforme à la norme EN 15804+A2, au format « cradle-to-gate » et vérifiée par un expert externe, sur la base des flux réels de l’entreprise. Cette démarche a rendu visible ce que la filière savait sans pouvoir le prouver : le Zamak recyclé n’a rien à voir, en impact, avec le Zamak primaire.

Deuxième étape : la filière se mobilise

Sur cette base, la filière s’est organisée en 2025, sous le pilotage d’Expérience Zamak et avec le soutien du CETIM, de la Fédération Forge Fonderie et de l’International Zinc Association (IZA). Des fonderies de Zamak de l’Union européenne et trois des principaux affineurs, Genlis Metal France, REAZN Belgium et l’italien S. Erasmo Zinkal, soit près de 80 % du Zamak recyclé en Europe, ont accepté de partager leurs données. Claire Trescartes, responsable RSE et stratégie de Segede Industrie, en a été le moteur au sein de l’association.

REAZN a fait réaliser une ACV « cradle-to-gate + fin de vie » selon les normes ISO 14040 et 14044, validée par un tiers indépendant. Les résultats des trois affineurs ont ensuite été mutualisés et moyennés par l’IZA, puis soumis à la revue critique d’EcoInvent, base de référence internationale et non partisane.

En novembre 2025, la base publiait la donnée officielle pour cet alliage à 90 % de zinc recyclé (avec une hypothèse conservatrice de 10 % de zinc primaire) : 671 kg de CO2/T de Zamak — soit une réduction d’impact de près de 80 % par rapport aux anciennes valeurs de référence. Par extrapolation, l’empreinte pour du 100 % recyclé descend à environ 300 kg de C02/T des ACV, disponible sous demande explicite aux recycleurs.

Troisième étape : cartographier ce qui se passe vraiment dans la poubelle jaune

Un chiffre corrigé ne suffisait pas. Restait à démontrer que le Zamak d’un capot jeté par un consommateur est effectivement capté, collecté trié et refondu. La filière a donc remonté la chaîne à partir des poubelles jaunes et de verre de Seine-et-Marne, en partenariat avec le SIETREM, depuis le centre de tri jusqu’aux fondeurs-affineurs, avec des visites et des tests opérationnels en France, en Allemagne, en Italie, en Autriche et en Pologne.

Les enseignements sont concrets. Dans la parfumerie et les spiritueux, le flacon part le plus souvent à la poubelle avec son capot : la filière réelle est celle du verre. Dans le calcin, les non-ferreux sont extraits par courant de Foucault avec une efficacité supérieure à 90 %. Les métaux ainsi isolés se négocient actuellement plus de 4 000 euros la tonne : personne ne les enfouit, ils sont revendus en balles aux affineurs ou à des grossistes ou bien à des affineurs qui opèrent comme des grossistes. En aval, les technologies de tri optique LIBS, XRF et XRT de Tomra et Redwave, déjà déployées chez plus d’une centaine de recycleurs et affineurs européens, séparent les alliages de zinc de l’aluminium et du cuivre avec des taux d’isolement de 95 %. Aucun obstacle technologique ne s’oppose au tri du Zamak à l’échelle industrielle. Les résidus fins de zinc sont aussi récupérés dans les fumées et valorisées sous forme d’oxydes de zinc.

Quatrième étape : la preuve par la visite

Les données existent désormais. Encore faut-il maintenant que les donneurs d’ordre les voient de leurs yeux. Au terme de plusieurs mois de prospection menée par Segede Industrie, une dizaine de grandes maisons de parfumerie, de cosmétique, de spiritueux et de joaillerie ont accepté de dépêcher leurs équipes durabilité, packaging, achats et ACV sur un site de recyclage. REAZN a ouvert les portes de son usine de Kruisem, en Belgique, pour deux journées de visite au printemps 2026.

Léko, éco-organisme français, a validé le dossier technique de la filière et accompagné les visites pour attester de la fiabilité du pré-tri des métaux non ferreux. Les délégations ont parcouru l’ensemble de la chaîne : stockage des flux ménagers et industriels, élimination des traitements de surface, tri optique, refusion, fabrication des lingots, captation et traitement des fumées, capacité de la mine urbaine et disponibilité de PCR. Elles ont surtout mesuré l’évolution de l’état de l’art : 44 millions d’euros investis en cinq ans, 85 000 tonnes d’alliages de zinc produites en 2025, un taux de matière recyclée de 93 % selon l’ISO 14021, 79 % d’émissions de CO2 et 88 % d’eau en moins par rapport au Zamak primaire.

Ce que le PPWR demande vraiment

Le règlement impose deux choses aux matériaux d’emballage : démontrer leur impact carbone et démontrer leur recyclabilité effective, à grande échelle, sans perte de qualité. Sur le second point, les spécifications techniques en cours d’élaboration au CEN/TC 261, dans le cadre des annexes « Design for Recycling », prévoient qu’un composant séparé puis recyclé à part du matériau prédominant de l’emballage, ce qui est le cas d’un capot en Zamak sur un flacon en verre, figure dans la colonne des matériaux pleinement compatibles. Le calendrier est connu : vote formel en 2026, actes délégués en 2027, mise en œuvre dans les États membres en 2028.

Reste l’objection du poids. L’article 10 du PPWR impose la minimisation des emballages. Minimiser, c’est supprimer la matière inutile, le vide, le lest artificiel. Ce n’est pas bannir un matériau dense qui aurait un poids inhérent à sa nature propre. L’article 11 précise d’ailleurs que cette minimisation s’apprécie au regard de la durabilité, de la résistance mécanique et du réemploi. Or une coiffe en Zamak n’est pas là pour faire peser le produit en main : elle protège l’insert plastique du fluage et de l’usure, et garantit l’étanchéité du bouchage sur des milliers d’ouvertures. C’est précisément la condition d’un emballage réemployable. Un dossier de minimisation qui documente cette fonction structurelle, accompagné des attestations PFAS et métaux lourds, sécurise l’audit du donneur d’ordre.

Le Zamak, fer de lance du packaging de luxe

Recyclé à plus de 90 %, refondu en boucle sans perte de performance, trié par des technologies déjà en place, doté d’une donnée carbone vérifiée et d’un gisement de « mine urbaine » estimé à 250 millions de tonnes de zinc en circulation dans le monde : le Zamak coche aujourd’hui les cases que le PPWR impose. Il y ajoute ce que le luxe ne peut pas sacrifier, la densité, le toucher froid, la précision dimensionnelle, l’aptitude aux traitements de surface.

Rien de tout cela n’est acquis. Les données doivent maintenant entrer dans les outils de calcul sectoriels comme SPICE en cosmétique. Les affineurs visent le 100 % recyclé, dont les derniers points de pourcentage sont les plus coûteux. Les groupes de travail du CEN ne concernent pas que l’emballage : bâtiment, santé, sport suivent le même chemin, et la filière zinc doit y siéger avant que le même malentendu ne s’y installe.

La suite s’est jouée le 30 septembre 2026 à Luxe Pack Monaco, où Segede Industrie et Léko ont présenté une conférence intitulée « Anticiper la fin de vie dès la conception : repenser le packaging premium à l’ère du PPWR ». Le message tient en une phrase : la réglementation n’est pas l’ennemie du luxe, elle le ramène à l’essentiel, des matières nobles, durables et traçables. Le Zamak en fait partie.

Disponible en replay sur Spotify « The Experts’ Dialogues by LUXE PACK »

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